« The Girl Effect » – Conférence de Lindsey Nefesh-Clarke le 8 avril 2015 à Paris

« Les événements tragiques de ces derniers mois – les attaques terroristes ici à Paris en début d’année, les massacres au Nigeria par Boko Haram, l’attaque par les talibans contre une école de Peshawar fin 2014 – ont une nouvelle fois mis l’accent sur l’importance que représente un investissement dans l’éducation des filles et des femmes, qui est l’un des moyens les plus efficaces de combattre l’extrémisme. Comme le journaliste du New York Times, Nicholas Kristof, l’a écrit : « La plus grande menace contre l’extrémisme, ce ne sont pas des missiles tirés par des drones, ce sont des fillettes occupées à lire un livre. »
Des filles qui lisent des livres… Si nous tenons compte du pouvoir évident de l’éducation des filles et que nous prenons des mesures pour permettre aux filles de s’aider elles-mêmes, nous pouvons réécrire l’avenir, le rendre plus juste et plus sûr, pour nous tous. »

Le 8 avril dernier, la Fondation Amanjaya, en partenariat avec les associations Enfants d’Asie et Passerelles numériques, recevait Lindsey Nefesh-Clarke pour un échange autour du thème « L’émancipation des jeunes filles de familles défavorisées par l’accès à l’éducation ».
Celles et ceux qui ont pu assister à la conférence, ont été impressionnés par l’intervention de Lindsey, dont le témoignage nous a tous captivé, et dont le plaidoyer et l’engagement nous donnent à réfléchir.

Vous pouvez retrouver le texte de la conférence de Lindsey Nefesh-Clarke ici.

Après une licence obtenue à l’Université de Cambridge, Lindsey Nefesh-­Clarke rejoint Human Rights Watch à New York. Elle part ensuite travailler en Afrique plusieurs années avec l’UNICEF. En mai 2008, Lindsey suit une formation au Bangladesh avec la Grameen Bank (fondée par le prix Nobel Muhammad Yunus). Elle a également obtenu un MBA à l’ESCP Europe en 2009 et a reçu le prix du meilleur étudiant de l’année décerné par l’association des MBA et le journal the Independent. En 2011, elle fonde Women’s WorldWide Web, plate­forme de financement participatif des projets locaux œuvrant à l’émancipation féminine dans le monde. Lindsey est également membre du conseil d’administration et directrice des programmes Philippines de l’association Enfants d’Asie. En 2012, Lindsey a été nommée «  »Jeune Leader Européenne » » par EuropaNova. En 2013, elle a été élue «  »Femme modèle de réussite dans le secteur des TIC » » par la Commission Européenne dans le cadre de son Agenda Numérique. Lindsey vient d’être nommée, début 2015, parmi les «  »Inspiring Fifty » », initiative européenne récompensant les cinquante femmes les plus inspirantes dans le domaine du numérique et de l’entrepreneuriat.

La Fondation Amanjaya s’engage pour 2014/2015

Nous avons tous dans la tête Robin Williams dans le rôle de Mr Keating, le professeur de lettres atypique du Cercle des Poètes Disparus. Quand nous nous engageons dans l’éducation, nous rêvons volontiers de ressembler à cet homme empathique qui passionne ses étudiants au point de bouleverser leur vie.

Dans la « vraie vie », pourtant, et en particulier dans les pays où intervient la Fondation Amanjaya, il n’est souvent pas besoin de professeur extraordinaire pour motiver les étudiants tant ceux-ci ont soif de savoir. Aux jeunes pensionnaires du foyer d’Enfants du Mékong à Sisophon, il est parfois nécessaire de prendre soin de leur santé contre leur gré, en coupant l’électricité la nuit pour les empêcher de veiller et étudier trop tard !

Nous n’y pensons pas assez tant cela nous est acquis, mais ces jeunes le savent bien : l’électricité c’est une richesse, c’est une partie de la chance qui leur est donnée d’étudier. Hors de ce foyer où ils sont accueillis, leurs camarades n’en disposent souvent pas. Le soir, ceux qui ont malgré tout le courage d’étudier y sacrifient leurs yeux en s’éclairant à la bougie.

D’autres facilités tellement présentes partout dans notre vie que nous les associons naturellement à des droits humains, éloignent plus sûrement par leur absence les enfants de l’école qu’un déficit de craies ou de cahiers : l’eau potable, les sanitaires… Dans certaines régions, la pudeur retient les filles d’aller à l’école parce qu’il n’y a pas de toilettes ; si cela n’arrête pas les garçons, on imagine dans quelles conditions d’hygiène ils étudient.

Ainsi, donner accès à l’éducation, ce n’est pas toujours – pas seulement – offrir des livres, des cahiers, des bourses aux élèves ou subvenir aux salaires des professeurs : c’est parfois beaucoup plus prosaïque, et nos associations partenaires sont là pour nous le rappeler. Cette année, parmi tous ses engagements, la Fondation Amanjaya apportera son soutien par exemple :
– à la construction d’une école à Ban Namkhong et de douches et sanitaires à l’école de Chang Vang au Laos, avec Enfants d’Asie ;
– à un dispositif de sécurité incendie – pompage, château d’eau – pour le campus à Phnom Penh de la nouvelle école de gestion et vente de Pour un Sourire d’Enfant.

Afin qu’ils puissent rêver d’un avenir meilleur, et y travailler avec acharnement, nos jeunes ont d’abord besoin de… bien vivre et bien dormir !

L’innovation pour l’accès à l’éducation

Il est frappant de constater à quel point le droit fondamental d’accès à l’éducation pour tous est une question qui se pose dans des termes très similaires dans de nombreux pays. Energie et capacité des gouvernements à combattre cette inégalité sont elles-mêmes bien inégales… Comme souvent, dans un monde d’une grande complexité, aux mutations de plus en plus rapides, les meilleures solutions pourraient ne pas venir d’en haut, mais d’initiatives plus locales, agiles et aux promoteurs les plus déterminés.

Une étude récente réalisée pour l’association « L’Ecole des Découvertes » des méthodes pédagogiques innovantes pour des jeunes se retrouvant hors des circuits classiques, a ainsi montré la richesse et la diversité des travaux et des expérimentations dans ce domaine. Les pistes les plus explorées s’articulent autour de la capacité à donner confiance, promouvoir l’autonomie, valoriser les compétences. L’importance grandissante et de plus en plus reconnue des « soft skills », du savoir-être, en complément du savoir-faire, amène à développer l’auto-apprentissage : on expérimente plutôt qu’on écoute, on se projette dans le futur et on favorise une simulation et une immersion progressive dans la société. On travaille plus naturellement en jouant (« serious game »), et en coopérant. Le lieu dans lequel ces apprentissages sont mis en œuvre est également très important car il permet d’ancrer une démarche pour des publics en manque de repères et de stabilité.
En ce qui concerne l’autonomie, l’étude fait la part belle aux MOOC (Massive Online Open Course – Cours gratuits en ligne) qui permettent d’apprendre à son rythme et d’approfondir certains sujets. Elle met aussi en avant les expériences réussies de classes inversées et d’autodidaxie où des jeunes apprennent à d’autres jeunes. Elle insiste sur la libre fréquentation de l’enseignement qui ne doit pas être vécu comme une contrainte mais qui, de par sa forme, entraîne une meilleure assiduité.
La valorisation des savoirs et compétences et leur concrétisation passent par des projets de difficulté progressive, des projets en groupe, la création de son propre MOOC ou groupe Facebook, la fabrication d’un objet, l’obtention de certifications ou la participation à des concours culturels comme sanction sociale positive, sans oublier des périodes en alternance.

Les expérimentations, souvent à petite échelle, de toutes ces pratiques pour des jeunes en difficulté existent au sein d’écoles, de projets, et ont un véritable impact. C’est ce type d’organisations, avec leur esprit innovant, leur recherche d’améliorations, leur capacité à se renouveler, au service de ces enfants défavorisés, qu’Amanjaya, grâce à vous, a à cœur de soutenir.